Brossard, le 26 octobre 2026 – La relation économique entre le Canada et les États-Unis traverse une transformation profonde et durable, marquée par la montée du protectionnisme, l’affaiblissement de la confiance entre partenaires et une reconfiguration des rapports de force internationaux. C’est le constat dressé par Raymond Chrétien, ancien ambassadeur du Canada aux États-Unis, lors d’une Grande Rencontre de la Rive-Sud tenue le 22 octobre dernier. Pour les entreprises canadiennes, cette nouvelle réalité exige une adaptation de leurs stratégies commerciales, de leurs investissements et de leur positionnement sur les marchés internationaux. 

Pour décrypter les bouleversements économiques et géopolitiques qui redéfinissent les relations entre le Canada et les États-Unis, la Chambre de commerce et d’industrie de la Rive-Sud a eu le privilège de recevoir M. Raymond Chrétien, l’un des diplomates canadiens les plus chevronnés de sa génération, à l’occasion d’une Grande Rencontre de la Rive-Sud portant sur le nouvel équilibre nord-américain.  

Ancien ambassadeur du Canada aux États-Unis, en France, en Belgique, au Mexique et au Congo, notamment, Raymond Chrétien possède une connaissance exceptionnelle des relations internationales et des mécanismes qui gouvernent les rapports entre États. Depuis plus de vingt ans, il met également cette expérience au service du milieu des affaires, conseillant dirigeants et organisations sur des enjeux stratégiques et internationaux, notamment à titre de conseiller stratégique et associé chez Fasken. Cette Grande Rencontre a ainsi permis de prendre de la hauteur sur l’actualité et de mieux comprendre les transformations en cours grâce à l’éclairage d’un acteur de premier plan des relations internationales et canado-américaines. 

Cinq grandes tendances mondiales appelées à perdurer 

La Grande Rencontre a débuté par une présentation des cinq grandes tendances mondiales qui, selon M. Chrétien, sont appelées à perdurer. À ses yeux, celles-ci constituent des ruptures majeures qui redéfinissent complètement les relations économiques et diplomatiques internationales.  

Les changements climatiques figurent au premier rang de ces enjeux. Selon lui, la planète est en train d’atteindre un point de bascule dont nous ne mesurons pas encore pleinement les conséquences et pour lequel un retour en arrière n’est désormais plus envisageable. 

Parallèlement, cette transformation majeure s’accompagne d’une remise en question du système de gouvernance mondiale mis en place après la Seconde Guerre mondiale, notamment grâce au leadership américain.  

Il a ensuite évoqué la cybersécurité, qui transforme profondément nos sociétés à mesure que les cyberattaques se multiplient et ciblent des infrastructures et des systèmes stratégiques partout dans le monde. 

L’intelligence artificielle s’ajoute également à ces bouleversements, un sujet qui occupe une place centrale dans les débats économiques, politiques et technologiques à l’échelle internationale, particulièrement aux États-Unis.  

Enfin, M. Chrétien a souligné l’importance croissante des enjeux liés au nucléaire sur la scène internationale, rappelant les risques considérables associés à ces menaces. 

Selon lui, ces cinq tendances continueront d’influencer profondément les décisions politiques, économiques et stratégiques des prochaines années. 

Redéfinir les relations Canada – États-Unis 

Selon M. Chrétien, la relation économique entre le Canada et les États-Unis connaît une transformation profonde qui s’inscrira dans le temps. Tant les gouvernements que les entreprises canadiennes doivent désormais s’adapter à cette nouvelle réalité. Un retour aux relations commerciales d’autrefois paraît peu probable à court ou à moyen terme, et pourrait même nécessiter une génération entière. 

Cette nouvelle dynamique s’explique notamment par la montée du protectionnisme américain, une tendance qui se manifeste autant chez les républicains que chez les démocrates. Interrogé sur l’élément le plus important dans une négociation internationale, M. Chrétien a été catégorique : « la confiance ». Cependant, selon lui, cette confiance est aujourd’hui profondément ébranlée entre les deux pays, contribuant à alimenter un climat d’incertitude économique et politique. 

Dans ce contexte, il a identifié quatre grandes priorités pour le gouvernement Carney : protéger la souveraineté canadienne, obtenir l’élimination ou la réduction des tarifs américains, préserver l’Accord Canada – États-Unis – Mexique (ACEUM) et diversifier les marchés d’exportation afin de réduire la dépendance du Canada envers les États-Unis et de limiter à 50 % la part des exportations qui leur est destinée. 

M. Chrétien a également rappelé que, comme puissance moyenne, le Canada ne peut miser sur l’intimidation pour faire avancer ses intérêts sur la scène internationale, alors que cette stratégie est de plus en plus utilisée par certains pays. Il considère d’ailleurs que le premier ministre Mark Carney adopte actuellement une approche appropriée dans ses négociations avec les États-Unis et fait preuve de vision dans ses orientations économiques. Il reconnaît toutefois que la rapidité de certaines décisions peut parfois se faire au détriment des consultations publiques. Selon lui, le principal risque réside dans l’incapacité de concrétiser rapidement les grands projets annoncés, ce qui pourrait alimenter l’impatience de la population.

Les conséquences pour nos entreprises 

La Rive-Sud possède un tissu industriel diversifié, particulièrement en aérospatiale, en fabrication de pointe et dans plusieurs secteurs fortement intégrés aux chaînes d’approvisionnement nord-américaines. Plusieurs de nos entreprises se retrouvent aujourd’hui devant des décisions difficiles en matière d’investissement, de production ou de développement de marchés.  Comment maintenir leur présence sur le marché américain tout en diversifiant leurs débouchés commerciaux? Selon M. Chrétien, il n’existe pas de réponse simple à cette question. L’incertitude actuelle exerce une pression considérable sur les entreprises et exige d’elles une grande capacité d’adaptation. 

« Ce que nous rappelle Raymond Chrétien, c’est que les bouleversements actuels ne constituent pas une simple parenthèse avant un éventuel retour à la normale. Pour les entreprises de la Rive-Sud, dont plusieurs sont étroitement intégrées aux chaînes d’approvisionnement nord-américaines, cette nouvelle réalité commande une réflexion stratégique sur leur compétitivité, leurs investissements et la diversification de leurs marchés. Notre région possède des atouts industriels et entrepreneuriaux considérables. À nous de les mettre à profit pour transformer cette période d’incertitude en occasions de développement et de croissance », souligne Jean-François Lévesque, président-directeur général de la Chambre de commerce et d’industrie de la Rive-Sud. 

En accueillant Raymond Chrétien dans le cadre de ses Grandes Rencontres, la Chambre poursuit sa volonté d’offrir aux dirigeants d’entreprise un éclairage privilégié sur les grands enjeux économiques et géopolitiques qui façonnent leur environnement d’affaires. Cette initiative s’inscrit dans son engagement à soutenir la compétitivité, l’internationalisation et le développement des entreprises de la Rive-Sud. 


À propos de la Chambre de commerce et d’industrie de la Rive-Sud

Depuis 1959, la Chambre agit comme catalyseur de la croissance économique de la Rive-Sud, en plus d’être un porte-parole reconnu auprès de la communauté d’affaires, du public et des différents paliers de gouvernement.

Elle exerce une influence significative en mobilisant et en donnant une voix aux entreprises et aux acteurs économiques de son territoire, établissant ainsi sa position en tant que réseau indispensable pour la communauté d’affaires de la seconde région économique en importance au Québec.

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